9 octobre 1852

« 9 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 33-34], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8776, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, cher bien-aimé, bonjour, avec l’espoir d’une belle journée, bonjour. Je t’écris avec toutes mes fenêtres ouvertes, les yeux et l’âme tournésa de ton côté. Il est probable que tes fils voudront profiter de cette belle journée pour faire avec toi une excursion dans l’île et je ne peux pas m’empêcher de les approuver, tout en regrettant de ne pas pouvoir en prendre ma part, et quoique je ressente d’avance la tristesse de ton absence. Mais le besoin de savoir tous ces jeunes cœurs heureux par toi l’emporte sur mon propre égoïsme et c’est du meilleur de mon cœur que je te souhaite une belle journée, une bonne et charmante promenade et beaucoup d’encriers. Heureuse nouvelle ! FAIDÈLE1 est retrouvé d’hier au soir ! Pendant que son maître était de garde dans le port pour toute la nuit, il est venu se jeter dans ses jambes qu’il a embrassées, comme dit Suzanne. Ce que voyant, son maître le reçut à bras ouverts, s’assura qu’il n’était pas blessé et le ramena heureux et triomphant au logis où je viens de le voir et de le caresser tout à l’heure. À propos de chien, je vous dirai que j’ai trouvé quatre louis d’or de mon chat. Ma cupidité fut un instant ébranlée mais je me souvins de l’histoire de l’aveugle du Pont-Royal et de son enfant2 et je ne voulus point courir le risque des affreux remords pour si peu de livres sterlings. Il est probable que la même cause a déterminé les regrets cuisants du bonhomme, aveugle mais canaille, du susdit pont, de plus en plus royal. Je garde mon chat, jusqu’à la concurrence de pas mal de cinquante centimes additionnels, tel est mon désintéressement. Je ne veux pas abuser de MA GRANDEUR et je vous aime à millions et à milliards. Ma Californie d’amour me permet ce luxe.

Juliette


Notes

1 Chien des propriétaires de Juliette qui s’était perdu. Voir lettre du 8 octobre 1852, vendredi midi.

2 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « tournée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.